Un chiffre sur la forêt ne suffit pas à décrire à lui seul la situation cambodgienne. Les deux sources réunies ici portent sur des périodes et des périmètres distincts. Les lire ensemble reste utile, à condition de ne pas leur faire dire la même chose.
En bref
- 121 000 hectares de forêt perdus en 2023 selon France 24.
- Amnesty cite 6 271 hectares déboisés en 2021 dans deux forêts protégées.
- Les périodes et périmètres imposent une comparaison prudente.
France 24 indique que le Cambodge a perdu 121 000 hectares de forêt en 2023. Son enquête traite aussi de projets de crédits carbone et rapporte une déforestation massive à l’intérieur de zones protégées. Amnesty International Belgique rapporte pour sa part qu’environ 64 % du couvert forestier aurait été perdu depuis 2011 et cite 6 271 hectares déboisés en 2021 dans deux zones protégées, Prey Lang et Prey Preah Roka.
Comparer les périodes avant les chiffres
Le total de 121 000 hectares concerne l’année 2023 à l’échelle du royaume dans l’extrait de France 24. Les 6 271 hectares cités par Amnesty renvoient à l’année 2021 et à deux forêts protégées. Ces valeurs ne peuvent donc ni être additionnées ni être opposées comme si elles décrivaient un seul et même indicateur.
Le pourcentage de 64 % répond à une autre question. Il porte sur une évolution du couvert forestier depuis 2011, alors que les autres données portent sur une année précise. Un pourcentage de perte sur une longue période, une surface déboisée en une année et une enquête portant sur des zones protégées ne fournissent pas le même niveau de lecture.
La première précaution consiste ainsi à conserver avec chaque chiffre sa date, son périmètre et son unité. Sans ces repères, une comparaison peut sembler exacte tout en rapprochant des observations qui ne sont pas équivalentes.
Ce que documente l’enquête d’Amnesty
Amnesty précise que ses données ont été analysées avec l’agence de télédétection Space4Good. L’organisation indique également avoir mené des entretiens entre juin et octobre 2021 avec 20 membres de communautés engagées dans la protection des forêts de Prey Lang et Prey Preah Roka. La majorité des personnes interrogées se déclarait kuy.
Ces entretiens ne remplacent pas les calculs de télédétection. Ils documentent un autre aspect de la situation rapportée par la source : les restrictions d’accès, les effets sur les pratiques culturelles et les moyens de subsistance, ainsi que des récits de corruption attribués à des policiers et à des responsables du ministère de l’Environnement.
La collecte de résine illustre cette distinction. Amnesty la présente comme une activité de subsistance qui n’endommage pas les arbres et peut durer des décennies. La source rapporte aussi le témoignage d’une personne estimant qu’environ 70 % des arbres à résine auraient disparu à Prey Preah Roka ces dernières années. Ce dernier pourcentage est un témoignage local attribué, non une estimation nationale.

Crédits carbone et zones protégées
France 24 décrit le Cambodge comme un pays qui mise sur les crédits carbone pour financer la protection de ses forêts. L’enquête relate toutefois la présence de bûcherons illégaux, de déforestation et de populations autochtones mécontentes dans des zones concernées par ces projets.
Les extraits fournis ne détaillent pas les seuils techniques retenus pour chaque calcul forestier. Ils ne permettent donc pas de transformer les 40 % de forêts évoqués par France 24 et les 64 % de couvert forestier perdu cités par Amnesty en deux mesures directement homogènes.
Pour suivre ce sujet dans la rubrique Territoires, il faut distinguer clairement la mesure chiffrée, le périmètre observé et le témoignage. Cette méthode ne réduit pas la portée des données. Elle évite de tirer une conclusion générale à partir d’une donnée dont la période ou l’espace étudié diffère.
Sources
- France 24, Cambodge : vrai carbone, faux crédits ?
- Amnesty International Belgique, exploitation forestière illégale et droits des peuples autochtones
Un chiffre spectaculaire ne suffit pas à décrire l’état des forêts cambodgiennes. Les sources disponibles ne mesurent ni les mêmes années, ni les mêmes espaces, ni nécessairement la même chose. Pour lire un classement ou une enquête, il faut donc commencer par identifier la méthode avant de comparer les résultats.
France 24 rapporte une perte de 121 000 hectares de forêt en 2023, en s’appuyant sur une enquête consacrée à la déforestation dans des zones protégées et aux projets de crédits carbone. Amnesty International cite de son côté une analyse de télédétection portant sur deux forêts protégées, Prey Lang et Prey Preah Roka. Cette analyse estime à 6 271 hectares la surface déboisée en 2021. Les deux nombres ne peuvent pas être additionnés ni opposés directement: l’un concerne une année récente et un périmètre présenté dans une enquête nationale, l’autre une année et deux zones précises.
Amnesty mentionne aussi une perte d’environ 64 % du couvert forestier depuis 2011. Ce pourcentage décrit une évolution sur une période longue, tandis que les hectares annuels décrivent un flux. La première question à poser est donc toujours: parle-t-on d’un stock de forêt restant, d’une perte sur une année ou d’une perte cumulée?
Le mot forêt peut recouvrir plusieurs définitions. Un couvert forestier observé par satellite peut évoluer après une coupe, un incendie ou une conversion des sols, alors qu’une série consacrée au déboisement cherchera à isoler une disparition durable de la végétation arborée. Les extraits fournis ne donnent pas les seuils techniques complets de chaque calcul. Il serait donc imprudent de présenter les 40 % de territoire forestier évoqués par France 24 et les 64 % de couvert perdu cités par Amnesty comme deux indicateurs homogènes.
Photo à la une. Source: Wikimedia Commons. Attribution: Camille Pissarro. Licence: Public domain.