Culture et patrimoine

Koh Ker: comment une statue pillée revient au Cambodge

Du socle archéologique au musée étranger, puis au retour: trois dossiers montrent comment la provenance permet de restituer les sculptures de Koh Ker.

Koh Ker: comment une statue pillée revient au Cambodge
Les archives et les vestiges permettent de rattacher une sculpture à son ensemble d'origine.

Le retour d’une sculpture pillée ne se résume pas à un transfert entre un musée et un État. Il faut identifier l’objet, reconstituer son parcours, relier la pierre à son emplacement d’origine et documenter les motifs de la restitution. Les dossiers concernant Koh Ker montrent comment l’archéologie, les archives, les autorités publiques et les musées peuvent faire converger leurs recherches.

En bref

  • Le Ganesha de Prasat Bak a été identifié grâce aux archives archéologiques et aux fragments de son piédestal.
  • Le Hanuman restitué par Cleveland devait rejoindre le groupe sculpté de la porte orientale de Prasat Chen.
  • Les dossiers distinguent confiscation, retour volontaire, étude scientifique et coopération institutionnelle.

Koh Ker, un ensemble dont les statues faisaient partie

Une sculpture khmère monumentale n’était pas conçue comme une pièce isolée. Le Cleveland Museum of Art explique que le retour d’un Hanuman du dixième siècle devait permettre au Cambodge de reconstituer un groupe de figures associé à la porte orientale du temple de Prasat Chen, sur le site de Koh Ker. Dans ce cas précis, la provenance va donc au-delà du pays d’origine. Elle relie l’œuvre à un temple, à une porte et à une composition.

Cette précision change la portée du retour. La sculpture redevient une partie d’un ensemble que le Cambodge cherche à réunir. La rubrique Culture et patrimoine suit ces enjeux au-delà de l’annonce ponctuelle d’une restitution.

Le rôle décisif des archives archéologiques

Le cas d’un Ganesha monumental documenté par l’École française d’Extrême-Orient illustre la force des archives. L’image du dieu, haute de 1,60 mètre sans son socle, provenait de Prasat Bak. Selon l’EFEO, elle avait été arrachée à son piédestal par des pilleurs à la fin des années 1990. Le monolithe avait été fragmenté, probablement pour faciliter son transport, puis restauré de façon à dissimuler cette fragmentation et à modifier son ornement pectoral.

La documentation compilée par Henri Parmentier, puis complétée par Madeleine Giteau, a permis de reconnaître l’œuvre lorsqu’elle a été présentée dans un livre paru en 2004. Les fragments du piédestal restés sur place apportaient un autre élément matériel. L’EFEO annonçait le retour du Ganesha au début de mars 2023, dans un ensemble d’œuvres confisquées à des collectionneurs privés par les autorités américaines. Son atelier de conservation et celui du Musée national du Cambodge devaient encore étudier la sculpture avant d’envisager sa réunion avec le socle.

Recherche de provenance et décision de retour

Le Hanuman de Cleveland suit un chemin différent. Le musée l’avait acquis en 1982. En mai 2015, il a annoncé avec le gouvernement cambodgien un retour volontaire. Son communiqué attribue cette décision à de nouvelles informations de provenance fournies par le Cambodge, aux recherches propres du musée et à la volonté de contribuer à la réunion des sculptures de Prasat Chen.

Documents archéologiques comparés au socle d'une sculpture khmère
La provenance repose sur des documents et des correspondances matérielles propres à chaque œuvre. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.

Les pièces mobilisées ne sont donc pas identiques d’un dossier à l’autre. Pour le Ganesha, la documentation ancienne, la fragmentation de l’œuvre et les vestiges du piédestal établissent une correspondance archéologique. Pour le Hanuman, le communiqué mentionne de nouvelles informations cambodgiennes et les recherches du musée, sans en publier le détail. Ces différences interdisent de transformer un exemple en règle générale. Elles montrent en revanche pourquoi chaque œuvre exige un examen propre.

Des restitutions qui reconstruisent des ensembles

L’UNESCO a documenté en juin 2013 le retour au Cambodge de deux statues khmères du dixième siècle par le Metropolitan Museum of Art de New York. Les œuvres étaient arrivées le 11 juin et leur remise a marqué, cinq jours plus tard, l’ouverture de la 37e session du Comité du patrimoine mondial à Phnom Penh. L’organisation présente ce retour volontaire comme un exemple de conduite éthique et de coopération.

Emily Rafferty, alors présidente du Metropolitan Museum of Art, a remis les statues au Premier ministre cambodgien Hun Sen pendant la cérémonie. Celui-ci a relié la préservation du patrimoine à la reconstruction nationale et au développement économique. La directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a pour sa part décrit la restitution volontaire comme une conduite éthique susceptible de servir d’exemple à d’autres musées et collectionneurs. Ces appréciations sont celles des responsables cités par l’UNESCO.

Le communiqué de l’UNESCO ne fixe pas une règle juridique applicable à tous les litiges. Mis en regard des deux autres cas, il révèle trois mécanismes distincts: la confiscation d’œuvres détenues par des collectionneurs privés dans le dossier du Ganesha, le retour volontaire décidé par Cleveland et la coopération institutionnelle entourant les deux statues du Metropolitan Museum. Dans les trois cas, le résultat public repose sur un travail préalable de documentation.

Ce qui se passe après le retour

Le retour physique n’est pas toujours la dernière étape. Dans le cas du Ganesha, une étude de conservation devait précéder toute remise sur le piédestal. Pour le Hanuman, le projet concernait la réunion de plusieurs figures de Prasat Chen. L’EFEO précise aussi que deux autres sculptures de Koh Ker devaient être restaurées au même moment: un Skanda sur un paon et une pièce destinée à compléter le groupe représentant le combat de Bhima contre Duryodhana.

Ces informations permettent de suivre un dossier sans confondre annonce, arrivée, étude et restauration. Elles expliquent aussi pourquoi le lieu d’origine compte autant que l’identification de l’objet. La provenance n’est pas ici une simple liste de propriétaires. Elle relie une sculpture à des traces matérielles, à une documentation ancienne et à un ensemble monumental précis.

Sources et méthode

Le retour des deux statues en 2013 est documenté par l’UNESCO. Le dossier archéologique du Ganesha de Prasat Bak provient de l’EFEO. Les motifs publiés du retour volontaire du Hanuman sont exposés par le Cleveland Museum of Art. Chaque source décrit une affaire différente. Leur rapprochement sert à comparer les méthodes, sans attribuer à une œuvre le parcours d’une autre.

Photo à la une. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.