Économie

Textile cambodgien : salaires et conditions de travail

Le débat sur le salaire minimum dans le textile cambodgien éclaire aussi les coûts du logement, l’endettement, les cadences et la place des ouvrières dans les négociations.

Textile cambodgien : salaires et conditions de travail
Workers engaged in sewing operations at a busy textile manufacturing factory. Cette photographie accompagne l’article « Textile cambodgien : salaires et conditions de travail ».

Le salaire minimum est au centre des discussions sur le textile cambodgien, mais il ne résume pas la réalité décrite par les organisations de travailleuses et les syndicats. Les revenus, le coût de la vie, les heures supplémentaires et les conditions de logement se croisent dans un même débat. En 2025, le minimum mensuel annoncé pour les secteurs de l’habillement, de la chaussure et des articles de voyage est de 208 dollars. Pour 2026, des syndicats et ONG demandent qu’il atteigne 232 dollars. Entre ces deux chiffres, il faut distinguer une rémunération en vigueur d’une revendication encore soumise à négociation.

En bref

  • Le salaire minimum mensuel annoncé pour 2025 dans les secteurs concernés s’élève à 208 dollars.
  • Au moins 27 syndicats et ONG demandent un minimum de 232 dollars pour 2026.
  • Les témoignages associatifs relient les revenus aux logements, aux cadences et à la stabilité des contrats.

Un minimum fixé à 208 dollars en 2025

Selon Cambodge Mag, les négociations pour le salaire minimum de 2025 ont abouti à 206 dollars, une proposition majoritaire au Conseil national pour le salaire minimum. Le Premier ministre Hun Manet a ensuite annoncé l’ajout de deux dollars, portant le montant à 208 dollars par mois à compter du 1er janvier 2025. Le même article indique que des prestations liées à l’assiduité, au transport, au loyer et à l’ancienneté s’ajoutent au salaire pour les travailleurs concernés.

Ce montant concerne une industrie de grande ampleur. Cambodge Mag recense environ 1 077 usines et succursales dans les trois secteurs concernés, pour près de 800 000 personnes employées, majoritairement des femmes. Dans un entretien relayé par CCFD Terre Solidaire, Channsitha Mark, directrice du Workers Information Center, décrit pour sa part une main d’œuvre largement féminine, jeune et souvent issue de zones rurales. Ces travailleuses contribuent aux besoins de leur famille tout en faisant face à des conditions de vie fragiles.

Le salaire minimum sert donc de référence commune, mais il ne permet pas à lui seul de mesurer le revenu réellement disponible. Les aides mentionnées par Cambodge Mag font partie du dispositif de rémunération, tandis que les heures supplémentaires peuvent aussi peser sur les revenus. Or leur réduction fait précisément partie des inquiétudes exprimées dans la campagne salariale pour 2026. Une comparaison utile doit ainsi séparer le niveau légal du salaire, les compléments prévus et les heures effectivement travaillées.

Female textile worker using a sewing machine in a garment factory
Les coûts de logement figurent parmi les éléments cités dans les discussions sur les revenus des ouvrières. Source: Pexels. Attribution: EqualStock IN. Licence: Pexels License.

La demande de 232 dollars reste une revendication

Le montant de 232 dollars ne correspond pas à une décision déjà appliquée. Lepetitjournal.com Cambodge rapporte qu’au moins 27 syndicats et organisations de la société civile demandent cette hausse pour 2026, contre 208 dollars en 2025. Les négociations formelles doivent commencer le 3 septembre. Présenter cette somme comme le futur salaire acquis reviendrait donc à effacer l’étape décisive de la négociation entre syndicats, employeurs et autorités.

Les signataires de cette demande relient leur position à l’inflation, à la baisse des heures supplémentaires, à l’endettement et aux conséquences du récent conflit frontalier. L’article cite une estimation de l’Asia Floor Wage Alliance selon laquelle les ménages ouvriers dépensent en moyenne 408 dollars par mois pour leurs besoins essentiels, pour des revenus d’environ 250 dollars. Il rapporte aussi l’évaluation de l’Anker Research Institute, qui fixe à 232 dollars le seuil de survie mensuel en zone urbaine et à 417 dollars le revenu nécessaire à un niveau de vie décent pour un ménage.

Ces chiffres sont avancés dans le cadre d’une mobilisation syndicale et associative. Ils expliquent la demande, sans transformer automatiquement l’ensemble des situations ouvrières en une moyenne unique. Lepetitjournal.com Cambodge rapporte également la réponse des employeurs, qui situent les revenus réels, heures supplémentaires comprises, entre 225 et 300 dollars. Le désaccord porte donc aussi sur la manière de compter les revenus : salaire minimum seul, compléments et temps de travail supplémentaire inclus, ou dépenses nécessaires d’un foyer.

Les conditions de vie au cœur du débat

L’entretien publié par CCFD Terre Solidaire replace la question salariale dans des réalités quotidiennes plus larges. Channsitha Mark évoque des ouvrières sous payées et sous alimentées, vivant parfois dans des chambres exiguës et insalubres, sans eau potable, partagées à plusieurs personnes. Le loyer, les besoins élémentaires et la sécurité des lieux de vie font ainsi partie des préoccupations citées, bien au-delà de la seule fiche de paie.

Two women engaged in a business meeting at an office desk with notebooks and coffee.
Des centres d’information et de formation soutiennent les échanges collectifs entre ouvrières. Source: Pexels. Attribution: Artem Podrez. Licence: Pexels License.

Dans cet entretien, la hausse des salaires est aussi associée à des risques de dégradation des conditions de travail. La directrice du Workers Information Center mentionne notamment la réduction des effectifs, l’augmentation des cadences et la multiplication des contrats à durée déterminée. Ces éléments sont présentés comme les effets observés lors de précédentes augmentations. Ils rappellent qu’une revalorisation ne dispense pas d’examiner l’organisation du travail, la stabilité des contrats et la capacité des salariées à faire valoir leurs droits.

Le Workers Information Center anime six centres d’accueil et d’information près de Phnom Penh, qui lui permettent de toucher les ouvrières de 45 usines, selon CCFD Terre Solidaire. Ces espaces servent à l’information, à la formation et aux échanges entre travailleuses. L’organisation insiste sur la participation des femmes aux décisions qui les concernent, ainsi que sur l’accès aux services de base, à la dignité et à la sécurité. Cette dimension collective complète les discussions salariales menées dans les instances nationales.

Lire ensemble les chiffres et les situations

Les trois sources ne racontent pas la même séquence, mais elles dessinent un débat cohérent. Cambodge Mag documente la fixation du minimum à 208 dollars pour 2025. Lepetitjournal.com Cambodge rapporte une demande de 232 dollars pour 2026, fondée sur le coût de la vie et l’endettement. CCFD Terre Solidaire donne la parole à une responsable associative qui décrit les conditions de logement, de travail et de participation rencontrées par des ouvrières. Les rapprocher permet d’éviter de réduire le secteur à un seul chiffre.

Pour suivre ce dossier, il importe de nommer clairement le statut de chaque donnée : décision salariale, revendication syndicale, estimation de dépenses ou témoignage sur les conditions vécues. Cette précision est d’autant plus nécessaire que l’habillement, la chaussure et les articles de voyage constituent, selon Cambodge Mag, la première source de revenus en devises du pays. Retrouvez d’autres analyses dans notre rubrique économie cambodgienne.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: Ivan S. Licence: Pexels License.